L’essentiel. Il n’existe pas une définition mais quatre, de la plus étroite à la plus large, et le choix de définition décide de ce qu’on étudie.
- André Martin (fondateur du festival d’Annecy) : l’animateur « réinvente toujours son outil et dérègle le fonctionnement traditionnel de la machine cinématographique ». L’animateur n’est donc pas celui qui dessine, c’est celui qui refuse de filmer en continu.
- Norman McLaren : « l’animation n’est pas l’art des dessins qui bougent mais l’art des mouvements dessinés. Ce qui se passe entre chaque photogramme est plus important que ce qu’il y a sur chaque photogramme. » L’animation est l’art de manipuler l’interstice. Avantage de cette définition : elle n’exclut pas le son, qui passe aussi entre les images.
- Alan Cholodenko (philosophe australien, spécialiste de Derrida, début des années 1990) : renversement complet, ce n’est pas l’animation qui est une forme de cinéma, c’est le cinéma qui est une forme d’animation. Il écrit au moment où l’image de synthèse rend la frontière indécidable, et fonde ainsi les animation studies. Il prolongera en 2007 : les blockbusters sont essentiellement animés, et le cinéma d’auteur aussi, dès qu’une flamme ou une fumée est faite par un infographiste.
- Dick Tomasovic (université de Liège, Le Corps en abîme, Rouge Profond, 2006) : animer est un acte de résurrection. On prend une chose figée, donc morte, et on lui donne vie. L’animateur est un docteur Frankenstein, et c’est ce qui explique la veine fantomatique et macabre du médium.
À retenir. Une définition large (Cholodenko) permet d’étudier le jeu vidéo et les effets spéciaux, mais cesse de distinguer l’animation. Une définition étroite (le dessin animé) laisse dehors la pixilation, le documentaire animé et l’écran d’épingles.